Le génocide cambodgien

Le Cambodge, c’est les temples d’Angkor mais c’est aussi le génocide de millions de cambodgiens sous le régime de Pol Pot et des Khmers rouges.

Autant tout le monde connaît la Shoah, mais peu de gens sont véritablement au courant du génocide perpétré par les Khmers rouges.

Retour historique
Alors que le Vietnam du Nord communiste est en pleine guerre contre le Vietnam du Sud et les américains, le Cambodge va subir les aléas de cette guerre dans laquelle il n’est pas engagé. Les Vietcongs vont traverser des parties du Cambodge pour approvisionner en armes et en vivres les vietcongs situés à Saigon. Le gouvernement cambodgien « tolère » les passages vietnamiens.
Les américains vont riposter en bombardant les campagnes cambodgiennes, ces bombes ont fait des milliers de victimes innocentes. Elles ont certainement tués plus de civils que de soldats vietcongs. Les américains ont aussi soutenu (on peut aussi dire sont à l’origine du) le coup d’état contre le roi Sihanouk, le général Lon Nol a récupéré le pouvoir du pays campbodgien.
Un sentiment anti américain naît alors au sein de certains cambodgiens, dont Pol Pot (le futur chef/dictateur responsable des idées ayant perpétré le génocide), qui partent rejoindre le maquis communiste vietnamien et s’allier aux vietcongs afin d’éliminer les américains. Ils deviennent les khmers rouges, khmer car c’est le nom du peuple cambodgien et rouge car c’est la couleur du communisme. Ils sont pour la plupart très jeunes et vont être endoctrinés dans une politique extrémiste. Elle visait la création d’une société ancrée dans un communisme encore plus extrême qu’en Chine ou en URSS. C’est le début de la guerre civile opposant les Khmers rouges au gouvernement de Lon Nol soutenu par les américains.

La prison S21Le Vietnam gagne la guerre et par la même occasion, les Khmers rouges prennent le pouvoir au Cambodge et déclare son indépendance. La guerre civile s’achève mais commence alors bien pire, le massacre d’une majeure partie de la population cambodgienne.
Les Khmers rouges récupèrent le pouvoir et lancent une transformation majeure et radicale du pays. Ils veulent que les cambodgiens travaillent la terre pour subvenir à leurs propres besoins sans jamais devoir importer quoique ce soit d’un pays extérieur. Ils ferment leurs frontières et se coupent du reste du monde.
Au passage, ils désignent des traîtres de leur république et les exécutent. Au départ, il s’agit uniquement de soldats, de fonctionnaires et de personnalités politiques de l’ancien régime. Lors de la libération de Phnom Penh, ils déportent la population vers les campagnes pour les forcer à travailler dans les champs. Fini le travail dans les villes, tout le monde doit mettre la main à la patte dans les champs !
S’en suivra l’extermination de 2 millions de cambodgiens sélectionnés plus ou moins au hasard, emprisonnés, torturés à mort ou exécutés. Les tortionnaires sont les Khmers rouges, ils éliminent leurs propres frères khmers. Ils diront par la suite qu’ils exécutaient les ordres du parti (l’Angkar qui signifie l’organisation) et que si le parti décidait que telle personne était mauvaise pour le pays, il fallait la châtier ou l’éliminer. Aveuglés par l’Angkar, ils ont exterminé des millions de Cambodgiens.

IMG_1712La prison la plus célèbre est la S-21, elle se trouve dans Phnom Penh et est aujourd’hui un musée expliquant les atrocités du génocide.
Seuls 7 prisonniers y ont survécu sur des milliers. Il s’agit de peintres ou de photographes dont l’art convenait aux khmers rouges. Ils leur ont donc laissé la vie sauve. Tous les autres ont été assassinés, les khmers rouges leur ont soutiré de faux aveux sous la torture, une fois des aveux obtenus, ils les éliminaient. La principale question, ou plutôt affirmation était : Tu es un agent de la CIA (ou du KGB), quels sont tes ordres et qui est ton chef ?
Nous l’avons visité, ils ont laissé cette ancienne prison en l’état. On y voit les anciennes cellules construites rapidement avec des briques, les chaînes auxquelles ils attachaient les pieds des prisonniers, les fils barbelés le long des balcons pour éviter que les prisonniers ne se jettent dans le vide, les centaines de photos des victimes du génocide…

IMG_1703Des milliers de corps ont été retrouvés dans le charnier de Cheoung Ek situé à quelques kilomètres de Phnom Penh. C’est là-bas qu’ils les tuaient tous puis les enterraient dans une fosse commune ! Nous y sommes aussi allées, la visite se fait dans le silence total, seuls les oiseaux gazouillent pendant que les gens écoutent leur audioguide.
Tout est expliqué en détails, de l’arrivée du camion à l’assassinat froid et sauvage des victimes ! On peut encore voir des restes de vêtements et d’ossements qui remontent à la surface.

Le pire dans tout ça, c’est qu’aujourd’hui le jugement des khmers rouges n’a concerné que les principaux dirigeants du parti. Les tortionnaires vivent aux côtés des survivants. Ils se côtoient chaque jour, alors que les khmers rouges ont détruit des familles entières, laissant derrière eux de nombreux orphelins.

Les cambodgiens parlent ouvertement de cette sombre partie de leur histoire. Alors qu’il me paraît assez difficile de lancer le sujet, j’attends qu’ils le lancent par eux-même. Notre chauffeur de tuk-tuk à Phnom Penh est une victime indirecte du génocide, il y a perdu ses 2 parents. Comme souvent, c’est la même phrase qui revient : « On ne pensait pas que ça puisse nous arriver à nous ».

Ci-dessous le documentaire S-21 la machine de mort Khmère Rouge de Rithy Panh. Ça vous donnera plus d’explications sur cet atroce passage historique cambodgien.

Quelques photos de la prison S21, par respect je n’ai fait aucune photo du charnier de Cheoung Ek.